Au Brésil, la progression des femmes dans l’écriture ne se résume plus à une hausse du nombre de manuscrits signés. Dans un entretien publié le 7 mars par JC/UOL, l’éditrice et écrivaine Dani Costa Russo décrit une mutation plus profonde : des autrices accèdent davantage à la publication, investissent des maisons indépendantes, s’appuient sur les outils numériques et revendiquent la légitimité de leurs propres récits.
Des voix plus visibles dans les catalogues
Dani Costa Russo, qui dirige le label Auroras au sein de Litteralux, consacré aux livres de femmes, estime que l’avancée observée depuis une décennie est « non seulement quantitative, avec davantage de femmes qui publient, mais aussi politique et symbolique ».
Dans le même entretien, elle relève une présence accrue des autrices dans les prix, chez les grands éditeurs comme dans les structures indépendantes. Elle ajoute que les technologies ont élargi les voies d’entrée, nombre de femmes ayant commencé par les blogs, les réseaux sociaux ou l’édition à compte propre avant d’atteindre les circuits du livre.
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Cette visibilité trouve un écho dans plusieurs indicateurs récents. L’étude sur la diversité du Syndicat national des éditeurs de livres du Brésil, diffusée en juin 2024, montre que 87 % des maisons participantes déclarent compter des femmes à des postes de direction.
Du côté des usages, l’enquête Retratos da Leitura no Brasil 2024 indique que 49 % des femmes se déclarent lectrices, contre 44 % des hommes. Et, selon la Chambre brésilienne du livre et Nielsen BookData, 18 % des adultes ont acheté au moins un livre en 2025, soit trois millions d’acheteurs supplémentaires en un an.
Un lectorat féminin qui pèse sur les choix
Les données les plus récentes soulignent aussi le poids des lectrices dans les achats. La Chambre brésilienne du livre note que les femmes noires et métisses de classe C constituent désormais le premier groupe acheteur du pays.
Plus largement, elles représentent la moitié des femmes qui acquièrent des ouvrages. Cette centralité du lectorat féminin ne règle pas, en soi, la question de l’accès à la publication, mais elle contribue à déplacer les attentions éditoriales et la composition des catalogues.
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Le constat reste pourtant traversé par des freins matériels. Dani Costa Russo insiste sur « l’inégalité d’accès au temps et aux conditions matérielles pour écrire ». Elle évoque la surcharge domestique, la prise en charge des enfants ou des proches, et ajoute que les violences masculines figurent parmi les obstacles majeurs à la création intellectuelle et artistique des femmes. Son diagnostic déplace le débat : la difficulté ne tient pas seulement à la sélection des textes, mais au temps disponible pour les produire.
Le paradoxe brésilien apparaît alors avec netteté. Les portes d’entrée se multiplient, les autrices sont davantage lues, les lectrices soutiennent les achats et des femmes occupent plus souvent des fonctions de responsabilité dans les maisons. Mais ces avancées coexistent avec des contraintes quotidiennes qui réduisent l’espace d’écriture et ralentissent les trajectoires littéraires.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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