Le groupe d’informatique français Atos a finalisé la vente de ses activités stratégiques à l’État, valorisées à 404 millions d’euros. La nouvelle entité, rebaptisée Bull, regroupe les activités de calcul de haute performance et le calcul quantique ainsi que des supercalculateurs utilisés pour la dissuasion nucléaire.
En cette semaine qui précède Pâques, l’État a ressuscité le fleuron historique de l’informatique française: Bull. Concrètement, la puissance publique a finalisé le rachat pour 404 millions d’euros des activités stratégiques du groupe Atos, qui avait absorbé Bull en 2014. Bercy a salué « une étape décisive pour la souveraineté technologique de la France ». Les grandes difficultés d’Atos ne permettaient plus de garantir la pérennité de sa branche spécialisée dans la conception de supercalculateurs, une compétence française méconnue mais pourtant historique, peu répandue et cruciale.
Ce sont par exemple les machines de Bull qui sont utilisées pour simuler les essais nucléaires. Elles sont donc essentielles pour la dissuasion et la sécurité du pays. Bull et ses 3.000 salariés sont aussi parmi les rares à savoir faire des supercalculateurs exaflopiques (exascales en anglais).
C’est-à-dire des machines « capables de réaliser un milliard de milliards d’opérations par seconde », a expliqué Emmanuel Le Roux, son directeur général, sur le plateau de BFM Business. En chiffres, cela donne: 1.000.000.000.000.000.000 (10¹⁸). Cela veut dire plus d’opérations que ce que toute l’humanité pourrait accomplir en quatre ans de calculs mentaux incessants, et plus que la puissance cumulée de 10 millions d’ordinateurs de bureaux. Colossal et rarissime.
« Il y en a trois aux États-Unis et bientôt deux en Europe », expose Emmanuel Le Roux, le patron de Bull.
La société a livré le premier supercalculateur exaflopique européen en Allemagne l’année dernière. Baptisé Jupiter, c’est le quatrième ordinateur le plus puissant du monde, derrière les trois exascales américains, selon le classement de référence établi par une équipe de chercheurs.

Et Bull construit le prochain en France, au sein du Très Grand Centre de calcul (TGCC) du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), à Bruyères-le-Châtel (Essonne), près du plateau de Saclay. L’Hexagone va ainsi entrer dans un cercle très fermé, avec l’Allemagne, les États-Unis et la Chine. Aujourd’hui, son supercalculateur le plus puissant permet « seulement » 104 millions de milliards d’opérations par seconde (104 pétaflops).
Des recherches de pointe
Ce dernier portera le nom d’Alice Recoque (1929-2021), du nom d’une ancienne cadre de Bull, pionnière méconnue de l’informatique et de l’intelligence artificielle, ayant dirigé la conception de l’ordinateur Mitra 15. Il sera livré en deux étapes, fin 2026 et fin 2027, pour un coût de 554 millions d’euros, essentiellement financé par des fonds publics.
Alice Recoque sera avant tout destiné à la recherche, offrant notamment des capacités de calcul inégalées dans l’Hexagone pour le développement de l’intelligence artificielle. Mais ce n’est pas tout.
« Il pourra permettre de réaliser un jumeau numérique du cerveau, afin de mieux comprendre la dégénérescence par exemple », ajoute Emmanuel Le Roux, le directeur général de Bull.
Ce système ouvre aussi la voie à des simulations climatiques très complexes.
À ce stade, le supercalculateur fonctionnera en partie avec des processeurs américains, notamment fournis par l’entreprise AMD. Mais l’ensemble du système sera relié par la solution de Bull, qui promet « 70% de valeur européenne ».
« Notre objectif, dans les prochaines années est d’arriver à plus de 80% de composants européens (cartes électroniques, cartes mécaniques) et processeurs, quand il y en aura. (…) On veut pouvoir offrir une alternative complètement européenne”, estime Emmanuel Le Roux dans une interview à l’AFP.
Bull revendique en outre « les calculateurs les plus efficaces en énergie ». En croissance de 16% l’an passé, l’entité a réalisé un chiffre d’affaires de 720 millions d’euros en 2025. La capacité de production de sa principale usine, située à Angers, va doubler. D’ici cinq ans, la société entend livrer le premier calculateur quantique hybride.
Source:
www.bfmtv.com


