Résultat : si une maman qui habite Anderlecht et n’a pas de voiture veut rendre visite à son gamin de 16 ans placé à Saint-Hubert, ça lui prend la journée… Sans compter le coût financier pour des proches qui sont souvent précarisés. Pas évident, dans ce contexte, de s’appuyer sur ces familles, intervenants pourtant majeurs dans le travail de réinsertion des jeunes qui ont fait des (grosses) bêtises.

Un projet mixte et innovant 

Pour toutes ces raisons, Rachid Madrane (PS), ministre francophone en charge de l’Aide à la jeunesse, estime essentiel d’ouvrir une IPPJ à Bruxelles. Ce projet vient de recevoir le feu vert du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le centre, ouvert, se situera dans l’ancien internat de l’Athénée royal Victor Horta, à Forest. Le site, composé d’une maison, d’une tour et d’un garage, réclame d’importants travaux de rénovation et de mise en conformité. L’IPPJ de Bruxelles (30 places), mixte, devrait ouvrir ses portes vers la fin 2019, début 2020. Elle comportera deux sections de 10 places pour les garçons et une section de 10 places pour les filles.

Le projet éducatif de la future institution, qui se veut innovant, se base sur une large réflexion menée avec les professionnels du secteur, l’Administration de l’Aide à la jeunesse et le Délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos.

Il veut coller au plus près des besoins des mineurs en terme de réinsertion. “La volonté est de créer une institution en lien avec la cité, ses écoles, ses associations, les institutions publiques de formation pour pouvoir travailler concrètement à l’insertion sociale du jeune, à son retour à l’école et à l’acquisition de savoirs donnant accès à l’emploi”, précise Rachid Madrane. “On veut accompagner les jeunes dans leur processus de réinsertion ou de réorientation du projet de vie”.

On ne lâche pas le mineur à la fin du placement 

Cela passe par un “réaccrochage” scolaire, la création d’un réseau de relations sociales positives, un suivi de la scolarité, la fréquentation d’une maison de jeunes ou d’un service AMO (Aide en milieu ouvert), un accompagnement médical et psychologique, en relation étroite avec les parents et la famille au sens large.

Et pas question de laisser tomber le jeune à l’issue de son placement : l’IPPJ de Bruxelles comptera un service d’accompagnement post institutionnel (API) de 20 places (16 pour les garçons; 4 pour les filles). Elle disposera aussi de 4 “kots de transition supervisés”, où des jeunes pourront s’initier à l’autonomie. Ces logements visent notamment des jeunes proches de leur majorité dont le retour en famille n’est plus possible.

L’institution disposera aussi d’une grande salle de sports qui pourra être utilisée par les associations du quartier et les clubs de la commune. Pour renforcer les liens entre l’IPPJ et l’extérieur.

Carte de visite des IPPJ

6 institutions. Il existe aujourd’hui 5 IPPJ pour garçons (à Braine-le-Château, Fraipont, Wautier-Braine, Jumet et Saint-Hubert) et une pour les filles (à Saint-Servais).

2 régimes. En régime fermé, la mesure de placement est privative de liberté. Saint-Hubert et Braine-le-Château sont des centres fermes. Les autres sont des centres ouverts (placement non coercitif) avec une section fermée (sauf à Jumet).

363 places. Les 6 institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ) de la fédération Wallonie-Bruxelles peuvent actuellement prendre en charge simultanément 363 jeunes: 144 en régime ouvert; 102 en régime fermé et 117 en accompagnement post-institutionnel (API).

1447 prises en charge. En 2016, on a comptabilisé 1447 prises en charge en services d’hébergement (hors API), ce qui correspond au nombre total d’entrées en IPPJ. Un même jeune peut être admis plusieurs fois au cours de la même année.

Un mois d’observation dans un “service diagnostic”

Comment prendre en charge les jeunes qui ont dérapé, plus ou moins gravement  ? Les IPPJ qui prennent ces adolescents en charge développent un ou plusieurs projets pédagogiques selon différents types d’intervention. Il existe actuellement 23 sections et pas moins de 16 projets éducatifs et 9 durées de placement différentes  ! On fait de la relance, de l’accueil court, de l’orientation, de l’observation, de l’individualisation ou de l’accueil fermé, pendant quelques jours, 30 jours, 3 mois…

Des projets éducatifs plus souvent juxtaposés qu’articulés entre eux, relève le ministre Madrane. En plus, sur le terrain, on doit bien constater que les magistrats orientent d’abord les jeunes en fonction des places libres et pas en tenant compte du projet éducatif.

Le ministre veut donc harmoniser les projets éducatifs des différentes IPPJ pour les inscrire dans un trajet éducatif individualisé. “L’idée est d’uniformiser un maximum la manière dont un adolescent est encadré, ce qui rendra aussi plus simple les éventuels changements de section”, ajoute Rachid Madrane.

Un groupe de travail est en cours pour réformer les IPPJ dont l’intervention sera recentrée sur quelques missions. Quatre nouveaux “services diagnostics” (qui remplaceront les sections d’accueil) seront mis en place  : 3 à Saint-Hubert (pour les garçons) et 1 à Saint-Servais (pour les filles). Le jeune y sera pris en charge pendant un mois (et plus 15 jours) le temps de l’observer et d’évaluer sa dangerosité, son risque de récidive, ses ressources sociales et familiales.

Dans les deux types de “services d’éducation” (l’un en régime fermé et l’autre en régime fermé), la durée de prise en charge sera fixée à 3 mois, renouvelables.

A l’issue du placement, on continuera à suivre le jeune dans son milieu de vie.