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« Qualifier les dictateurs de fous, d’irrationnels et de cinglés, c’est affirmer son ignorance »

Où s’arrêtera la Corée du Nord ? Forteresse obscure sous le joug d’une dictature familiale depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la dernière dynastie communiste de la planète a mis à mal la patience de Donald Trump. Après l’énième essai nucléaire de trop, les Etats-Unis ont décidé d’hausser le ton et d’envoyer des navires de guerre au large de la Corée du Nord.

Une insulte pour le gouvernement de Kim Jong-Un qui s’est empressé de réagir, comme à son habitude avec… véhémence verbale. Pour décrypter la situation coréenne au micro de Matin Prem1ère, Dorian Malovic, journaliste au quotidien La Croix et co-auteur avec Juliette Morillot de l’ouvrage « La Corée du Nord en 100 questions ».
D’emblée, Dorian Malovic souligne le changement de cap opéré par Donald Trump: « Trump a décidé d’arrêter la patience stratégique qui a permis à la Corée du Nord de progresser dans sa stratégie de développer nucléaire. Il a reçu le président chinois en Floride, l’a mis en garde sur le problème coréen et a prévenu qu’en cas d’inaction de son pays, les Etats-Unis s’en chargeraient. Mais il s’agit là selon moi de rhétorique afin de montrer ses muscles car je vois mal les USA agir seuls dans la région. Et la Corée du Nord, ce n’est pas la Syrie. »

La manœuvre semble d’autant plus risquée que des accords de défense existent entre le régime de Pyongyang et Pékin. Et si Xi Jinping, le président chinois, reconnaît la menace que représente la Corée du Nord, il ne souhaite pas la fin du régime nord-coréen.
Et puis, il y a la menace de frappes nucléaires contre la Corée du Sud voisine. « La Corée du Sud ils peuvent l’atteindre, ils ont des missiles de moyenne portée. La seule chose qu’il leur reste à maîtriser c’est la capacité à poser une tête nucléaire sur un missile, mais ce n’est pas si simple. Après, il y a aussi les missiles longue portée pour atteindre la côte ouest des Etats-Unis. »

Au-delà de la provocation, c’est la stratégie globale de défense nucléaire mise en place par Kim Jong-Un qui inquiète les Etats-Unis. « Leurs programmes de développement ils vont continuer à les parfaire afin d’être totalement protégés. Car maintenant que c’est une puissance nucléaire , Les Etats-Unis ne pourront pas se comporter ou agir de la même façon qu’en Lybie ou en Irak. Le leader nord-coréen que l’on juge tout le temps irrationel, fou, cinglé, complètement taré, est loin de l’être, car il est toujours là », précise Dorian Malovic.
La difficulté réside dans le fait que la Chine elle-même ne possède pas énormément de leviers afin d’influencer Pyongyang. « La Corée du Nord s’est forgée avec le soutien soviétique d’abord, chinois ensuite. Le nationalisme, lui, s’est fait de manière autonome. Si les deux Corée se réunifient, la Chine aura des forces américaines à sa frontière. Et ça, ce n’est pas acceptable. Impossible pour la Chine de laisser tomber un allié, aussi dangereux soit-il, à cause de cela. »

Mais Kim Jong-Un est-il le tyran sans foi ni loi que les médias de la planète décrivent ? Pour Dorian Malovic, il convient de nuancer: « Qualifier les dictateurs de fous, d’irrationnels et de cinglés, c’est affirmer son ignorance sur la façon donc cela fonctionne. Les caricatures de Kim Jong-Un sont le révélateur d’une impuissance vis-à-vis de quelque chose que l’on ne connaît pas. Il fallait mettre un bémol su cela. Ce pays, c’est 23-24 millions d’habitants qui ont le sentiment d’être entourés d’ennemis Japonais, Américains et sud-Coréens et qui tentent de rester en vie. L’idée n’est pas de défendre le régime, mais de faire comprendre comment il fonctionne. »
Le portrait de la Corée du Nord noirci par la propagande de ses ennemis, Corée du Sud en tête ? Une fois encore, le journaliste de La Croix préfère tenter de décrypter plutôt que d’asséner: « Si on va au-delà de la surface des choses, on remarque que des guerres régionales de propagande ont lieu. La Corée du Sud est la première à lancer des informations totalement ahurissantes. Un général qui aurait été tué à coups de missiles, c’est totalement improbable. L’oncle tué, puis donné à manger aux chiens, cela relève du délire. Là, la presse elle est très condescendante pour ce pays. Réfléchissons juste, trois minutes, tout cela n’est pas vraisemblable. On considère que ce qui vient du sud ou des Etats-Unis est vrai, et ce qui vient du nord pas. Le débat aujourd’hui, c’est qu’une étincelle dans la région peut faire tout déraper et provoquer quelque chose que personne n’aura voulu, alors qu’il serait temps d’écouter ce que veulent les nord-Coréens, à savoir un traité de paix avec le sud, un dialogue avec Washington et une ouverture diplomatique. Les nord-Coréens sont des commerçants nés, ils arrivent même à tromper les Chinois, ce n’est pas rien. Et incontestablement, Kim Jong-Un a amélioré la qualité de vie d’une partie de la population des villes. »

Source: RTBF

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