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Le PS survivra-t-il jusqu’en l’an 2020 ?

Le PS d’Elio Di Rupo traverse une crise existentielle. Une issue fatale est possible. Les prochaines Ai??lections pourraient envoyer Ai?? la casse la grosse machine socialiste. Pour au moins dix raisons.
En toile de fond, il y a certes le scandale Publifin, mais surtout le reflux historique de presque tous les partis socialistes ou sociaux-dAi??mocrates en Europe. Certains d’entre eux – en GrA?ce, aux Pays-Bas, demain peut-A?tre en France – sont tombAi??s sous la barre des 10 %. D’autres – en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Allemagne… – font pA?le figure et ne voient pas le bout du tunnel. Le PS de Di Rupo est donc tout sauf une exception. Les causes de son mal-A?tre sont multiples, ce qui ne simplifie pas la tA?che des dirigeants socialistes, Ai?? 18 mois des Ai??lections communales.

1. Un social-libAi??ralisme pas trA?s sexy. Depuis l’Ai??poque des Blair, Schroder & Co, la conversion au social-libAi??ralisme est la rA?gle chez les gestionnaires de gauche. Au menu : dAi??rAi??gulation et privatisation de pans entiers de l’Ai??conomie, protection sociale plus light, inAi??galitAi??s dopAi??es. La gauche de gouvernement s’est amollie. Elle n’est plus conquAi??rante. Le PS francophone est arc-boutAi?? sur la dAi??fense vaille que vaille des acquis du siA?cle prAi??cAi??dent. Une ligne pas trA?s sexy – et trop peu socialiste – qui tourmente le peuple de gauche.

2. La grande misA?re des partis-frA?res. Un temps, le PS de Di Rupo a limitAi?? les dAi??gA?ts. Il a sauvegardAi?? l’essentiel du modA?le social belge. Puis, le parti socialiste « le plus Ai?? gauche du continent » (dixit Di Rupo) a approuvAi?? des compromis de centre-droit. Il a visAi?? notamment les sans-emplois, de plus en plus « activAi??s » – lisez « harcelAi??s » – et privAi??s d’allocations. De longue date, les partis-frA?res (le pire fut le SPD allemand) ont mis la pression sur les plus faibles, sommAi??s de devenir des « travailleurs pauvres ». IsolAi??, le PS a cAi??dAi??, agitant le totem de « la seule politique possible ».
3. Du Macron avant Macron. Dans le systA?me proportionnel belge, le PS est condamnAi?? Ai?? gAi??rer avec le centre et/ou la droite. Dans ces peu Ai??videntes coalitions, les socialistes francophones occupent des positions toujours inconfortables. La faiblesse abyssale du socialisme flamand les fragilise encore davantage. ObligAi??s de composer avec les Ai??lus d’une des rAi??gions les plus Ai?? droite d’Europe – la Flandre – le PS a fait du Macron avant Macron, dans des gouvernements ni Ai?? droite, ni Ai?? gauche. Au risque de perdre son A?me.
4. Le pouvoir, drogue dure. IndAi??boulonnable au gouvernement fAi??dAi??ral pendant un quart de siA?cle (un record europAi??en), le PS dirige la plupart des grandes villes et des provinces wallonnes depuis des dAi??cennies. La gestion a Ai??vincAi?? le dAi??bat d’idAi??es. Les technocrates ont pris le pas sur les penseurs. La drogue dure du pouvoir a faAi??onnAi?? la gAi??nAi??ration Di Rupo. Celle-ci est-elle usAi??e ? DAi??stabilisAi??e, Ai?? tout le moins, quand le pouvoir, inexorablement, lui glisse entre les doigts.
5. Bourgeoisie « rouge » dAi??complexAi??e. La permanence du PS au pouvoir a favorisAi?? l’Ai??mergence, en son sein, d’une bourgeoisie sans limite Ai??thique ni boussole idAi??ologique. Le trio Moreau-Gilles-Mathot l’illustre jusqu’Ai?? la caricature : ces socialistes-lAi?? sont totalement dAi??complexAi??s par rapport Ai?? l’argent, les (trA?s) hautes rAi??munAi??rations, les montages fiscaux… Sans gA?ne, ils dopent les inAi??galitAi??s : Moreau accorde gAi??nAi??reusement Ai?? ses salariAi??s une prime de NoAi??l de 35 euros, mais se rAi??serve un bonus de plusieurs centaines de milliers d’euros. L’Ai??lecteur socialiste se sent mal… et va voir ailleurs.
6. L’autonomie des FAi??dAi??rations, un boulet. SAi??duisante en thAi??orie pour Ai??viter les Ai??cueils du centralisme, la large autonomie des « FAi??dAi??s » socialistes pose problA?me quand celles-ci en profitent pour monter leurs petites combines Ai?? l’abri des regards indiscrets. Certains potentats locaux ont ainsi davantage de pouvoir – et gagnent beaucoup plus d’argent – que le patron du Boulevard de l’Empereur. Les exemples de Charleroi hier, LiA?ge aujourd’hui, l’attestent : le « chacun chez soi » des FAi??dAi??rations est un boulet au pied des rAi??novateurs socialistes.
7. Fin du monopole Ai?? gauche. Longtemps, le PS a eu le monopole de la reprAi??sentation de la gauche au parlement. En fait, un quasi-monopole : Ai??colo a parfois marchAi?? sur les plates-bandes socialistes, mais sans jamais sortir totalement de l’ambiguA?tAi?? du « ni gauche, ni droite ». Le PTB, c’est autre chose. Les militants de ce parti partagent les mA?mes codes que ceux du PS, chantent l’Internationale, agitent les drapeaux rouges, font des meetings le 1er mai. ; Pas habituAi?? Ai?? A?tre concurrencAi?? sur sa gauche, le PS vit mal le boom de ce concurrent qui sAi??duit une part croissante de sa base populaire.
8. La gauche radicale la plus habile d’Europe. Le PTB est un OVNI dans le paysage de la gauche radicale europAi??enne. Celle-ci est souvent fractionnAi??e en chapelles (Ai?? la prAi??sidentielle franAi??aise, deux candidats trotskystes se font concurrence) et vouAi??e aux chamailleries internes (Podemos, en Espagne). Le PTB rAi??ussit Ai?? rassembler presque toutes les forces Ai?? gauche du PS. GrA?ce Ai?? un cocktail combinant travail de terrain (dans les usines, aux piquets de grA?ve, dans ses maisons mAi??dicales…), rAi??novation programmatique ( abandon des rAi??fAi??rences maoA?stes, ouverture Ai?? l’Ai??cologie, soutien au mouvement LGBT…), insistance sur l’Ai??thique de gauche (les Ai??lus PTB vivent avec un salaire d’ouvrier) et communication trA?s professionnelle. On apprAi??cie ou pas le PTB. Force est de constater qu’il n’est pas le parti du seul Raoul… et qu’il a tout pour durer face au PS.
9. OA? sont les ouvriers ? Le dernier ouvrier qui a jouAi?? un rA?le au PS est… Gaston Onkelinx, le pA?re de Laurette. Une anomalie pour un parti censAi?? dAi??fendre le peuple dans toutes ses composantes. Ici aussi, le PTB chatouille le PS : les deux Ai??lus ptbistes au parlement wallon sont, l’un ouvrier sidAi??rurgiste, l’autre, chauffagiste. La rAi??novation du PS passe par une place accrue pour la base ouvriA?re au sens large. C’est tout sauf gagnAi?? d’avance.
10. Utopie, non merci. Les gestionnaires socialistes ont rangAi?? l’utopie au placard. Ils fustigent les « doux rA?veurs » qui, sur leur gauche, mobilisent autour de slogans « utopistes » et « populistes » (dAi??noncer les TraitAi??s europAi??ens nAi??o-libAi??raux, diminuer le temps de travail, faire payer les riches…). Le procA?s en irrAi??alisme adressAi?? par le PS Ai?? la gauche radicale est un procA?s trop expAi??ditif. Le PS oublie que son ancA?tre, le Parti Ouvrier Belge (POB), Ai??tait lui aussi traitAi?? de « dAi??magogique » quand il militait pour le suffrage universel, la semaine de 40 heures, les congAi??s payAi??s… toutes revendications paraissant, Ai?? l’Ai??poque, aussi peu raisonnables que celles du PTB aujourd’hui. Ai?? l’origine, toutes les grandes revendications populaires semblaient utopiques. Les socialistes « pragmatiques » l’oublient trop souvent.
Le PS a longtemps mieux rAi??sistAi?? que ses partis-frA?res Ai?? l’atonie de la social-dAi??mocratie. Ai??puisAi??e, celle-ci ne fait plus rA?ver. Un peu partout en Europe, elle est devenue une redoutable machine Ai?? perdre. Ai?? l’horizon 2020, le PS n’Ai??vitera le plongeon Ai??lectoral que s’il change son double rapport Ai?? l’argent et Ai?? l’utopie. Tout est liAi??. C’est parce qu’ils sont devenus des libAi??raux « socialistes » sans utopie que certains apparatchiks du PS trouvent normal d’accumuler des rAi??munAi??rations indAi??centes. Sans aggiornamento Ai??thique et idAi??ologique, les Ai??lecteurs de gauche trouveront normal, Ai?? leur tour, de sanctionner sA?chement ce PS-lAi??. Il survivra certes jusqu’en l’an 2020, mais plus comme parti dominant. Et sans garantie de pouvoir enrayer la spirale nAi??gative qui a marginalisAi?? certains de ses partis-frA?res europAi??ens.

Source:Ai??levif

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