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Analyse: Benoît Hamon ou la revanche des frondeurs

Le candidat va devoir empêcher l’hémorragie, déjà « en marche », des électeurs de gauche vers Macron
Les électeurs de gauche se sont exprimés, plus nombreux que la semaine passée, pour désigner dimanche leur candidat à l’élection présidentielle : le constat et la victoire de Benoît Hamon sont sans appel et viennent confirmer largement la tendance inattendue émergée au premier tour.

Que l’on se réjouisse ou non de l’issue de ce scrutin, il a le mérite de venir clarifier la position longtemps ambiguë du parti socialiste, dont les divergences entre les “familles” n’avaient de cesse depuis cinq ans de tirailler l’électorat et multiplier les crises de conscience.

La fronde remporte donc cette bataille et c’est bien un candidat de l’aile gauche du PS qui représentera le camp socialiste à l’élection présidentielle.

Toutefois, malgré cet élan populaire autour de l’élu de Trappes, les défis qui attendent ce dernier sont multiples et le combat s’annonce rude au vu des sondages qui donnent le PS éliminé dans tous les cas de figures dès le premier tour.

Celui qui appelle à “construire un futur désirable” et à rassembler une partie de la gauche meurtrie par la défaite de Manuel Valls, va devoir déployer des efforts considérables pour justement réunir sa famille politique et empêcher l’hémorragie, déjà « en marche », des électeurs de gauche vers Emmanuel Macron.
Par ailleurs, Hamon devra clarifier ses propositions et notamment la manière dont il compte financer certaines de ses mesures économiques, jugées idéalistes et utopistes par ses détracteurs, au sein même de son camp.

Dans une France toujours affaiblie par la crise avec une dette monstrueuse et un nombre de chômeurs qui ne faiblit pas, le candidat PS va devoir prouver que son programme est applicable là où son rival de droite François Fillon prône la rigueur comme unique recours pour redresser le pays.

Revenu universel, réduction du temps de travail et recrutement de dizaines de milliers d’enseignants qui ont séduit l’électorat de gauche seront-ils pris au sérieux par l’ensemble des Français dans le cadre d’une campagne présidentielle compte tenu de la situation fragile actuelle du pays?

Ces questions sont désormais au coeur du débat et il ne reste à Benoît Hamon qu’à démontrer la crédibilité et la faisabilité de son projet, en rupture totale avec l’ordre établi.

Ses prises de positions sur la laïcité, dont il a dénoncé l’omniprésence dans le débat public, son appel à accueillir davantage de réfugiés sont d’autres mesures qui dénotent un changement de cap radical par rapport à la politique actuelle menée par la gauche dite « de gouvernement » incarnée jusqu’ici par Valls.

“La droite et l’extrême-droite sont en train d’utiliser la laïcité comme un glaive”, avait-il dit à l’occasion du débat d’entre-deux tours, comme pour se présenter en rempart contre cette menace.

Et s’il a réussi son premier pari en partie grâce à des formules bien choisies et un discours apaisant, reste à voir si le lexique de « l’imaginaire » et du « désir » saura rassembler au-delà d’une partie de l’appareil partisan ou au contraire s’il est voué à incarner une gauche utopiste condamnée à n’être qu’une idéologie d’opposition.

« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques », déclarait Jaurès, dans son Discours à La Jeunesse en 1903.

Et si le « désir » a triomphé sur la « vérité » proposée par Manuel Valls dimanche, celui qui portera les couleurs du PS en avril prochain est loin d’avoir relevé le défi de triompher « face aux huées fanatiques » qui grondent par delà l’hexagone et le monde.

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