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Robinets à sec au Zimbabwe : le « business de l’eau » prospère autour des puits

Au Zimbabwe, les coupures d’eau se suivent et empirent avec la crise économique. Sans eau courante à domicile, les Zimbabwéens sont contraints d’aller au puits le plus proche pour remplir leurs réserves. Mais cela a un coût, environ un euro pour 20 litres, et ce « business de l’eau » en arrange certains, alors qu’il a des conséquences en termes de santé publique.

Dans ce pays d’Afrique australe, un des plus pauvres du monde, les périodes de sécheresse sont fréquentes et le système de distribution d’eau erratique. Depuis février 2016, le pays est déclaré en état de catastrophe naturelle et les effets sur l’agriculture sont désastreux. À cela s’ajoute une sévère crise économique qui accentue la pauvreté depuis plusieurs années, causée notamment par l’hyperinflation.
Dans ce contexte délétère, les factures d’eau ne sont plus payées et la municipalité ne peut plus régler la note au fournisseur public. L’eau est alors totalement ou partiellement coupée. C’est à ce moment que les vendeurs d’eau, dont l’activité est illégale sans que cela ne leur vaille de réels contrôles de police, prennent le relai. Ils profitent du vide laissé par les services publics pour gagner un peu d’argent. Deux types de vendeurs existent : les marchands de bouteilles présents dans les rues et les propriétaires de puits qui vendent des bidons de 20 litres.

Avoir un puits est un privilège dans les zones urbaines, d’autant que leur installation coûte cher, au moins 1 400 euros. Avec un euro gagné pour 20 litres d’eau en moyenne, les bénéfices peuvent rapidement s’accroître pour les propriétaires de puits. Selon un de nos Observateurs, une famille de cinq personnes utilise environ 60 litres par jour. C’est donc par ailleurs un budget conséquent, surtout quand plus de 80 % de la population est au chômage et que 70 % vit sous le seuil de pauvreté.

En plus des propriétaires de puits, il existe des « voleurs » de puits. Certains n’hésitent pas à prendre le contrôle de points d’eau qui ne leur appartiennent pas, selon notre Observateur à Harare, la capitale zimbabwéenne.

Certains puits forés par des ONG ont été réquisitionnés par de petites bandes qui en profitent pour se faire de l’argent. Ce type de business n’existe pas vraiment à la campagne puisque la plupart des familles ont leur propre puits et les villageois forment une communauté, ils s’entraident. Ce genre de phénomène est surtout visible dans les zones urbaines moyennement peuplées, où l’État est encore moins présent que les zones plus denses, où les besoins en eau sont plutôt bien couverts. Tous les quartiers ne sont pas approvisionnés en eau avec la même efficacité, de même que certaines régions sont mieux fournies que d’autres.

Il serait donc avantageux d’habiter à la campagne, selon nos Observateurs. Là-bas, la plupart des foyers possède un puits et le sentiment de communauté est plus fort : si quelqu’un vient à manquer d’eau, ses voisins lui en offriront facilement.
Tendai Ruben Mbofana vit à Kwekwe, une ville moyenne du centre du pays où il est activiste, écrivain et journaliste.

Selon notre deuxième Observateur, les transactions d’argent se font directement autour du puits, sans intermédiaire ou livraison pour les grands bidons. Mais pour les plus petites quantités d’eau, le vendeur est généralement un intermédiaire : la situation économique force bon nombre de chômeurs à devenir vendeurs d’eau dans les rues. Et cela pose des problèmes de salubrité.

Des vendeurs ambulants de bouteilles d’eau vendent une petite bouteille pour 50 centimes d’euro aux passants et aux automobilistes. Le problème est que, tout en la présentant comme de l’eau minérale, ils vendent de l’eau des puits qu’ils mettent dans des bouteilles usagées. Or l’eau des puits n’est pas contrôlée, et est donc potentiellement contaminée. De toute façon, même quand on a accès à l’eau du robinet, elle n’est jamais complètement pure, on peut souvent y voir du dépôt, comme de la terre.

« L’eau des puits n’est pas sûre parce qu’au moins 33 % d’entre eux sont contaminés « , affirmait Human Rights Watch en 2013. Par ailleurs, seul 77 % de la population a accès à une source sûre d’eau potable contre une moyenne mondiale de 90 %, selon les données de la banque mondiale.

Quand les Zimbabwéens les plus pauvres ne peuvent plus rien payer, leurs factures d’eau courante comme des bidons d’eau, ils se débrouillent au péril de leur santé.

Dans certains endroits très pauvres, les habitants n’ont pas les moyens d’avoir un puits. Ils se mettent alors à creuser peu profondément le sol pour récupérer de l’eau qui est sale et mauvaise pour la santé. D’autres percent les tuyauteries publiques pour récupérer de l’eau. En ce moment, les pluies sont très fortes et, comme beaucoup de personnes dans ma ville, je récupère l’eau de pluie pour la vaisselle ou les toilettes.

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