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Un an après les attentats de Paris, l’entente France-Belgique pas toujours cordiale

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L’équipe commune d’enquête a connu des soubresauts, malgré les bonnes relations entre les procureurs.
Il y a la version officielle : celle d’une enquête commune efficace, vantée par les responsables politiques des deux pays. Et la version officieuse : celle d’une équipe qui s’est déchirée, au risque de rompre. Peu après les attentats du 13 novembre 2015, la presse et certains politiciens hexagonaux tançaient la responsabilité de la Belgique, poussant Charles Michel à déclarer : « Je n’accepte pas les critiques qui visent à dénigrer nos services de renseignement ».

Rapidement, la coopération franco-belge a connu des ratés. On se souvient de la stupeur du procureur de la République de Paris François Molins apprenant de la bouche des journalistes que le parquet fédéral avait diffusé nom et photos de Mohamed Abrini (lire ci-contre).

Pour autant , il fallait œuvrer de concert. Dès lors, les deux pays ont monté une joint investigation team (équipe commune d’enquête). Concrètement, des policiers belges et français se sont retrouvés ensemble sur le terrain. Mais la pression médiatique démesurée a fait se désintégrer l’entente. Pour le dire ainsi : de nombreuses informations de taille se sont retrouvées dans la presse française. Certaines ne pouvaient provenir que de la toute petite équipe franco-belge. Les Belges ont donc pensé que leurs collègues d’outre-Quiévrain avaient balancé. Ou du moins qu’ils faisaient passer les informations à leur hiérarchie qui, elle, balançait.

Une source française proche de l’enquête explique ainsi que « les policiers français se sont demandés s’il ne valait pas mieux rentrer chez eux, étant donné le degré de fâcherie ». En effet, il est arrivé que les enquêteurs français soient complètement mis de côté par leurs homologues.

Le pire moment fut celui du jour de l’arrestation de Salah Abdeslam, le 18 mars dernier, rue des Quatre Vents. La pression était alors maximale sur la Belgique qui craignait, à juste titre, qu’un attentat ne se produise. Plusieurs journalistes belges savaient alors que le seul survivant du commando des attentats avait laissé son ADN sur un verre de la planque de Forest, où le djihadiste Mohamed Belkaïd avait été tué quatre jours plus tôt. L’information était capitale.

Pour des raisons de sécurité nationale, la presse belge avait accepté de taire cette information et ne pas handicaper l’arrestation du suspect.

Or, dans l’après-midi le site internet de L’Obs dévoile l’info. Et accélère la mise en place de la souricière de la rue des Quatre Vents. Les enquêteurs belges sont persuadés que ce sont leurs homologues français qui ont donné le scoop.

Relation de cause à effet ? Après l’attentat du 22 mars à Maelbeek et Brussel National, ce n’est pas vers la France que se tourne la Belgique pour travailler de concert mais vers les États-Unis (lire ci-contre). Enfin, le procureur fédéral ne peut s’empêcher de distiller des piques vers une France « un peu triomphaliste », comme dans une interview à La DH , en août.

Interrogé à ce sujet, le parquet fédéral précise, au sujet des fâcheries : « Nous ne sommes pas au courant mais le procureur fédéral n’a aucun contact avec les policiers français. Il n’y a jamais eu la moindre fâcherie entre les procureurs Molins et Van Leeuw, qui dirigent les enquêtes. Les relations entre les deux hommes sont excellentes », fait-il valoir, ce qu’on confirme de l’autre côté de la frontière.

Dernier exemple en date : le rôle d’Oussama Atar. Des sources françaises haut placées ont confirmé l’information du Monde indiquant que ce Bruxellois était le fameux Abou Ahmad, coordinateur en Syrie des attentats de Paris. Le procureur fédéral a réduit cette allégation à une « hypothèse de travail parmi d’autres ». Décidément, la Belgique ne veut plus être le petit frère qui courbe l’échine.

Almouwatin: Belga

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