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Comment la France compte se débarrasser de la « jungle »

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C’est une opération à haut risque que le gouvernement français s’apprête à lancer ce lundi : démanteler complètement, en l’espace de dix à quinze jours, le bidonville de Calais et fournir une solution de relogement aux quelque 6 500 migrants qui y vivent pour leur permettre, dans un second temps, de demander l’asile en France.

Les ministères de l’Intérieur et du Logement sont sur le pont depuis deux mois, 1 250 policiers et gendarmes déployés dans le Calaisis, plus de 280 nouveaux centres d’accueil et d’orientation (CAO) ont été ouverts sur l’ensemble du territoire français. L’objectif, in fine, est de les convaincre de déposer une demande d’asile en France. Voici les modalités de l’évacuation et les étapes qui attendent les habitants de la « jungle ».

1. Le départ et le relogement. L’Etat a réquisitionné un hangar de 3 000 mètres carrés à quelques encablures des dernières habitations du bidonville. Organisé comme une « gare routière », c’est là que les migrants candidats au départ seront accueillis puis orientés vers les bus chargés de les conduire vers les CAO, répartis un peu partout en France. De 8 heures à 20 heures, les migrants seront invités à prendre place dans l’une des quatre files d’attente, dont chacune correspondra à une situation particulière : les personnes majeures seules, les mineurs isolés, les familles et les publics vulnérables. A l’intérieur, un premier sas sera dévolu à l’accueil des exilés. Lors d’un entretien avec des agents de l’immigration, ils seront invités à choisir une destination parmi deux régions de départ proposées. Un bracelet de couleur leur sera remis en fonction de ce choix. Les groupes d’amis pourront rester ensemble s’ils le souhaitent, une revendication souvent formulée par les exilés. Les migrants rejoindront un second sas composé de six tentes d’une capacité de cinquante places chacune, aux couleurs des différentes régions de destination. Des agents de la protection civile seront chargés de recueillir les identités. Quand la tente sera pleine, un autocar viendra se garer à proximité, avec à bord deux accompagnateurs. Soixante véhicules sont potentiellement mobilisables lundi, quarante-cinq le mardi, et quarante le mercredi. Pour la suite, tout dépendra du nombre de candidats au départ.

2. Le voyage. A chaque départ d’autocar, la liste des occupants sera envoyée aux préfectures de régions chargées de les accueillir. Les véhicules seront géolocalisés tout au long de leur trajet. Leurs arrêts ont d’ores et déjà été « prépositionnés » avec, sur chaque aire d’autoroute, un « dispositif léger de police ou de gendarmerie » pour éviter tout potentiel incident avec des opposants ou départ dans la nature d’un migrant. Au terme du voyage, les personnels des CAO seront mobilisés pour héberger ces nouveaux arrivants. Le travail de constitution des dossiers pour une éventuelle demande d’asile débutera au cours des jours ou semaines suivants.

3. Les mineurs isolés. Ils sont près de 1 300 à vivre dans la « jungle » de Calais. Du fait de leur minorité, ils doivent bénéficier d’une prise en charge spécifique. Mais, selon un recensement de l’association France Terre d’asile, 95 % d’entre eux souhaitent rejoindre le Royaume-Uni, où 40 % auraient de la famille. Le règlement européen de Dublin prévoit une mesure de regroupement familial, mais le gouvernement conservateur de Theresa May est pour l’instant peu enclin à activer ce dispositif. Ces mineurs seront ensuite conduits vers les conteneurs du centre d’accueil provisoire (CAP). Ils pourraient y rester une quinzaine de jours, le temps que les AUTORITÉS britanniques examinent les dossiers et annoncent combien de mineurs elles sont prêtes à accueillir. Les tractations entre les deux pays, serrées, se poursuivent.

4. La destruction de la « jungle » et le dispositif policier. Dès mardi, la destruction des habitations de la « jungle » s’engagera. Une opération qui sera réalisée en présence de très nombreuses forces de l’ordre. Ce sont 1 250 policiers et gendarmes qui sont engagés avec différentes missions, dont celle de s’assurer qu’aucune bagarre n’éclate dans les files d’attente menant aux autocars et prévenir la reformation de campements de fortune dans la région. Mais ce sont surtout les derniers jours de l’évacuation qui préoccupent les autorités. Ils redoutent que des migrants souhaitent rester dans la « jungle », leur rêve de Royaume-Uni toujours en tête. Un défi sous l’œil des caméras : le gouvernement décidera-t-il de procéder à l’interpellation, voire au placement en centre de rétention, de migrants afghans ou érythréens dont le principal tort serait de refuser de demander l’asile en France ?

Almouwatin: AFP

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